Pyrénées : quand la montagne change de décors

Publié le par Raymond

Environnement.

L'agriculture de montagne, le pastoralisme, le changement climatique sont au cœur des réflexions sur l'espace pyrénéen et sa maîtrise.


En Haute Ariège, au Carol, la réfection de terrasses fait l'objet d'un atelier de pierres sèches . Photo DDM, Ph. N.
En Haute Ariège, au Carol, la réfection de terrasses fait l'objet d'un atelier de pierres sèches . Photo DDM, Ph. N.

«L'enjeu, soyons clairs, c'est le maintien du système transhumant pyrénéen, seul capable d'entretenir les grands espaces montagnards. Dans les produits du pastoralisme, il y a bien sûr la viande, le lait et son fromage, mais également et surtout l'espace, la qualité des paysages » : tel est le credo de Jean-François Rumens, le directeur de la Fédération pastorale de l'Ariège.

Pas besoin d'être un économiste de haut vol, pour comprendre le combat des agriculteurs de la montagne, il suffit d'une balade. Elle nous apprend très vite que là où nous grimpons aujourd'hui, dans le sous-bois, se trouvaient il y a encore 50 ans, les champs, vergers de plein-vent et potagers. Les murets de pierres sèches qui délimitaient les parcelles travaillées et les magnifiques terrasses nourricières en étages au-dessus des hameaux, ont disparu sous le couvert des hêtres et des épicéas. Tout un paysage construit par l'homme que la forêt a inexorablement grignoté… et qui a disparu du paysage . Vu de loin, cet ancien paysage se devine au printemps : quand les fruitiers, tels que pruniers et cerisiers, abandonnées depuis longtemps, fleurissent de leurs bouquets blancs la forêt d'altitude encore engourdie par l'hiver.

« L'arbre a massivement progressé » note le géographe et pyrénéiste Michel Sébastien. « En 1990, il y avait en Ariège quelque 220 000 ha de forêts, il y en a aujourd'hui environ 250 000 ha. Soit la moitié de la superficie totale du département. »La crise des énergies fossiles est entrain de révéler aux élus de la montagne que leur bois peut être un gisement d'avenir. « Du fait de l'abondance de la forêt en montagne et de l'urgence accrue à l'exploiter, les collectivités de montagne ont une contribution importante à fournir » renchérit l'Association Nationale des Élus de la Montagne (ANEM) dans son rapport sur le changement climatique qui fut le thème de son congrès 2 006. « Les 21 propositions » qui en découlent et constituent autant de « réponses pour l'avenir de la montagne » ont été communiquées au Grenelle de l'Environnement. « Tout va se jouer dans les cinq prochaines années », estime Jean-François Rumens. S'il croit dur comme fer au pastoralisme « pour relever le défi de l'entretien de l'espace et des paysages », il sait que la création d'unités viables agricoles passe par la maîtrise du foncier. C'est en effet la mosaïque de parcelles héritée du morcellement de la propriété paysanne, dont beaucoup n'ont plus aujourd'hui de propriétaires connus après un siècle de désertification, qui ont conduit la forêt d'altitude à descendre jusqu'à l'entrée des villages. Nadine Ribet, chercheuse au Muséum d'Histoire naturelle de Paris est formelle. « Pour lutter contre la végétation galopante,le brûlage sera un moyen de sauvegarde des territoires de montagne. Son enjeu, avoue-t-elle : la maîtrise de l'espace ». Celle qui dessine le paysage.

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