Le pari d'EDF

Publié le par G.E

Annoncer aux consommateurs, comme pour les remercier d'avoir prêté à EDF la bagatelle de 3,2 milliards d'euros, une augmentation des tarifs d'électricité de 20 % sur trois ou quatre ans, c'est un bien étrange renvoi d'ascenseur. PDG depuis septembre 2004 d'une entreprise publique désormais soumise à la concurrence, Pierre Gadonneix a commis une maladresse de communication. Mais le patron d'EDF assume sa stratégie : l'entreprise, très endettée (24,5 milliards d'euros fin 2008), doit, pour garantir la sécurité énergétique du pays, poursuivre son développement, et donc rattraper son retard d'investissement, qu'il juge élevé.


Le pari de M. Gadonneix est d'autant plus audacieux qu'il provoque un inévitable bras de fer avec l'Etat, actionnaire à hauteur de 85 %, à quatre mois de l'éventuel renouvellement du mandat du PDG. Nicolas Sarkozy a fait connaître son irritation, rappelant que c'est à l'Etat de décider des hausses de tarif. Un mauvais signal pour M. Gadonneix, qui souhaite être reconduit tout en sachant qu'à 66 ans il n'ira pas au terme d'un nouveau mandat.


L'inquiétude des consommateurs devant la perspective d'une hausse de 20 % est légitime, même si, depuis 2006, les tarifs d'EDF évoluent déjà chaque année comme l'inflation. Mais M. Gadonneix ne manque pas d'arguments. Il a chargé un peu la barque en prétendant que l'électricité en France est "30 % à 40 % moins chère que la moyenne des autres pays européens". En réalité, selon Eurostat, l'écart est de 23 %. Cet avantage est dû principalement au parc nucléaire français, que M. Gadonneix veut moderniser pour que la France garde son avance. Mais pourquoi faudrait-il que les prix français s'alignent sur les prix européens alors que, grâce au nucléaire, EDF a des coûts de production inférieurs ?


La hausse des tarifs serait-elle destinée à faire payer aux consommateurs des "erreurs d'investissement à l'étranger", évoquées par Henri Guaino, conseiller de M. Sarkozy ? L'acquisition des centrales nucléaires de British Energy - un gigantesque coût de plus de 13 milliards d'euros que d'aucuns jugent bien cher payé - est en cause. M. Gadonneix s'en défend. Les revenus des filiales européennes seront affectés au service de la dette. Ce qu'il veut financer, c'est la modernisation des lignes à haute tension et le renouveau du parc nucléaire. L'apparent consensus français sur la place du nucléaire tient beaucoup au fait qu'il a favorisé des tarifs bas. S'ils augmentent, ils risquent d'effriter ledit consensus.

Le Monde - 17 juillet 2009 - Jean-Michel Bezat

Publié dans G.E National

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