Prix de l'électricité en France : la tromperie d'EDF, le flop du nucléaire

Publié le par G.E


Les ménages de plus de la moitié des pays européens ont bénéficié ces dernières années de tarifs plus bas qu'en France, ce qui montre bien que le nucléaire ne donne aucun avantage.

 

En demandant mercredi 8 juillet une augmentation de 20% du prix de l'électricité, M Gadonneix (PDG d'EDF) a prétendu, tout en attribuant au nucléaire cette supposée performance  : "l'électricité en France est 30 à 40% moins cher que ce que paient les autres européens". Hélas, si la demande d'augmentation a été fortement discutée, les affirmations de M Gadonneix ont par contre été reproduites telles quelles dans de nombreux médias, certains éditorialistes en rajoutant même : on a ainsi pu lire que "depuis un quart de siècle, nous bénéficions en France de l'électricité la moins chère d'Europe".

 

Or, les chiffres officiels concernant l'Union Européenne, publiés par Eurostat (*), montrent que la réalité est bien différente.

 

En 2007 (les chiffres 2008 ne sont pas encore disponibles), pour les ménages, l'électricité en France était plus chère que dans 10 pays, moins chère que dans 13, et pratiquement égale les 3 autres. Avec la crise mondiale, la situation devrait d'ailleurs revenir à une position encore plus inconfortable pour la France : de 2003 à 2006, l'électricité était plus chère que dans une quinzaine de pays, la France se trouvant clairement dans la seconde moitié du classement !

 

L'écart de prix entre la France et la moyenne européenne est resté extrêmement stable entre 2002 et 2006, environ 17% inférieur à la moyenne européenne. Certes, cet écart est monté en 2007 à 24% mais, nous l'avons vu, il devrait redescendre nettement pour 2008 et pour 2009. En tout cas, rien à voir avec "30 à 40% moins cher que dans les autres pays européens".

 

On n'a donc absolument pas en France "l'électricité la moins chère d'Europe", et encore moins "depuis un quart de siècle". D'ailleurs, en remontant dans le temps, les chiffres d'Eurostat montrent qu'en 1997, sur 18 pays, l'électricité en France était moins chère que dans 5 pays et plus chère que dans 12 pays !

 

Certes, les prix d'EDF sont un peu plus performants en faveur des entreprises, mais plusieurs pays font mieux et, surtout, c'est bien au niveau des ménages que se situe le débat : ce sont surtout eux qui sont visés lorsque M Gadonneix demande d'augmenter le prix de l'électricité, car les industriels bénéficient dans la durée de tarifs très avantageux… dont le "manque à gagner" pour EDF est de toute évidence payé par les ménages. Et ce sont bien les ménages, c'est à dire aussi les électeurs, qu'il s'agit pour les autorités françaises de convaincre de la supposée "pertinence" de l'option nucléaire.

 

Car ce qu'il faut bien retenir, outre le fait que l'électricité française est très loin d'être la moins chère, c'est bien qu'il est de fait totalement faux d'attribuer au nucléaire une telle performance... puisqu'elle n'existe pas. Pourtant, que n'a-t-on pas lu et entendu ces derniers jours : après avoir "accepté le nucléaire" - n'oublions pas que ce fut à coups de matraques et de gaz lacrymogènes -, les français seraient en droit d'en conserver le bénéfice, c'est à dire "l'électricité la moins chère d'Europe". Quelle fable !

 

Notons d'ailleurs que, si le prix de l'électricité est en France un peu en dessous de la moyenne européenne, c'est uniquement grâce à l'existence des tarifs régulés (ie : fixés par l'Etat) : si ces derniers sont supprimés- ce que le gouvernement français souhaite faire… dès que la situation sociale le lui permettra- le prix de l'électricité s'envolera, nucléaire ou pas.

 

Pour finir, notons que le prix de l'électricité produite par EDF ne comprend pas les investissements publics massifs dont a bénéficié le nucléaire depuis 50 ans, ni le coût réel qu'il faudra payer tôt ou tard pour le démantèlement des installations atomiques et pour les déchets : la situation financière critique d'EDF laisse clairement à penser que les sommes provisionnées, déjà largement insuffisantes, n'existent même pas, noyées dans le déficit colossal de l'entreprise. En réintégrant l'ensemble des sommes publiques investies dans l'atome, et celles qu'il faudra dépenser par la suite, le prix de l'électricité nucléaire est de loin le plus cher.

 

Notons aussi que la question du prix n'est qu'une des différentes fables imposées à l'opinion par les publicités incessantes d'EDF et Areva, par les discours politiques, et hélas par un certain nombre d'éditorialistes qui ne font pas l'effort d'aller chercher la vraies données. On peut citer la supposée indépendance énergétique due à l'atome, le caractère "propre" de l'industrie nucléaire, ou encore la "réussite" du réacteur EPR qui est au contraire en passe de devenir l'un des plus grands flops industriels et financiers de l'Histoire.

 

Les citoyens de France - et leurs descendants - vont donc payer très cher et pendant très longtemps l'option nucléaire imposée depuis 50 ans. Avec les atteintes à l'environnement, à la santé, à la démocratie, etc, c'est une raison de plus pour sortir au plus vite du nucléaire, consommer moins d'énergie, et privilégier les énergies renouvelables.

 

http://epp.eurostat.ec.europa.eu/cache/ITY_OFFPUB/KS-GH-09-001/EN/KS-GH-09-001-EN.PDF  

 

 

Stéphane Lhomme
Porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire"

Publié dans G.E National

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article