La Chartre de G.E.

Publié le par Raymond

LA CHARTE DE GENERATION ECOLOGIE

1 - UNE PLANETE A REUSSIR

            II n'y a plus d'Amérique à découvrir, mais une seule Terre à entretenir, un seul monde à réussir. Aujourd'hui, la politique est planétaire, et se heurte aux contraintes nationales. L'effondrement des régimes communistes confirme que la vraie fracture est celle qui sépare le Nord du Sud. Tout projet d'avenir passe par une coopération mondiale pour l'exploration de l'univers, pour la gestion écologique de la planète et pour le développement pacifique. La France doit en être le champion.

 2 - AVEC L'EUROPE

            A nouveau, l'Europe apparaît comme l'un des grands acteurs du monde. La libération des pays de l'Est lui donne un nouvel essor, tout en mettant au jour de considérables inégalités.

      Pour peu qu'elle surmonte les tentations nationalistes et à condition qu'elle ne se détourne pas des solidarités auxquelles elle est vouée, y compris au sud de la Méditerranée, l'Europe est l'avenir de la France.

      Mais le chantier européen doit être actif et concret, ouvert aux Français, et non une suite de faits accomplis.

 3 – CHOISIR SA FRANCE

            Les frontières s'estompent, la mobilité s'accroît. Les sons, les images, les informations circulent à la vitesse de la lumière. L'accès à ces réseaux s'effectue dans une formidable inégalité. Il y a désormais les branchés et les non-branchés du village planétaire.

      Les communautés s'entremêlent, un Etat européen s'esquisse, la nation s'élargit à l'espace francophone et se diversifie dans les régions. Dans ces multiples appartenances et interférences, l'identité française est pour chacun un choix et un effort.

      De plus en plus sera français celui qui décidera de l'être, qui se reconnaîtra dans le peuple français, sa société, sa langue, sa culture, son histoire, ses paysages, et souhaitera contribuer à les conserver vivants dans la population mondiale. Celui qui souhaite s'intégrer doit naturellement effectuer la même démarche, sans qu'il lui faille pour autant renoncer à ses racines. Les étrangers installés en France enrichissent la culture nationale lorsqu'ils s'intègrent dans la collectivité. On voit bien cependant que la présence d'étrangers peut être à l'origine de réelles difficultés de cohabitation.  Celles-ci ne seront résolues que par l'amélioration de la vie quotidienne —conditions d'habitat, accès aux soins et aux formations, etc. — des deux populations en présence, française et étrangère, sans laisser d'espace à la xénophobie ni à l'incantation antiraciste.

       Inévitablement, la croissance démographique et le sous-développement continueront à favoriser les migrations : le triptyque "intégration - fermeture des frontières - aide au développement" doit donc être continuellement adapté.

 4 – CREER NOTRE NATURE

            Isolé dans l'espace, l'être humain n'est pas extérieur à la nature, il en est le produit et le producteur. La nature n'est plus seulement le résultat des millions d'années d'évolution, les paysages ne sont plus l'héritage des générations paysannes successives, mais requièrent des décisions conscientes et constantes.  Toute activité humaine est création de nature. La puissance des techniques modernes impose que ces créations soient contrôlées. Il n'y a plus d'assises biologiques intangibles. Le choix de la nature, celle dans laquelle nous vivons, celle du corps de nos enfants, celle de l'hérédité, est donc l'une des grandes questions de notre temps ; elle pèse sur notre survie, notre bien-être, notre liberté. Chaque citoyen doit pouvoir y participer, recevoir la formation et l'information nécessaires.

 

 5 – DEMOCRATISER LES CHOIX TECHNIQUES

            Un nouveau chapitre s'ouvre dans l'histoire de la démocratie. Après la lutte pour la République, tandis que perdure la bataille pour le partage économique, s'engage le combat pour la maîtrise écologique du monde et l'accès équitable aux biens naturels. La nouvelle industrie doit être propre, économe en énergies et en matières premières, attentive à réduire, recycler ou détruire ses déchets.

      Les choix technologiques (création de matériaux et d'organismes nouveaux, définition des sources et usages de l'énergie, politique d'aménagement du territoire, des transports, etc.) sont déterminants dans ce combat. Mais la démocratie s'exerce difficilement dans les chasses gardées des spécialistes. Il faut d'urgence inventer de nouvelles procédures pour démocratiser les choix techniques et permettre aux citoyens d'orienter le progrès.

 

 6 – DONNER UN SENS AU PROGRES

            L'irréversible planétarisation est la victoire du mouvement historique mêlant la science, le marché, l'individualisme, dans une aventure sans fin. Ces mécanismes puissants ont toujours triomphé des oppositions fondées sur les croyances ou les idéologies. Mais ils ont fait éclater le monde en unités indifférenciées, ils ont atomisé la société. La question est toujours posée du rythme et des limites de la progression. Ainsi, l'urbanisation rapide peut contribuer à la désintégration sociale et à la solitude, la robotisation brutale peut favoriser le chômage et la désespérance ; la performance technique peut disqualifier le corps humain. Cette déconstruction nourrit des fléaux dont on ne peut nier l'ampleur : drogue, clochardisation, violence. Sans relations humaines, pas de société mais une foule d'individus solitaires. Sans écologie, pas de nature, mais une combinaison d'atomes et de molécules. Nous devons réhumaniser et réenchanter le monde.

 

 7 – DEVELOPPER L'AUTONOMIE DES PERSONNES

            L'économie répond à des besoins, mais ne cesse d'en créer. Le bruit appelle soit le somnifère, soit la lutte pour obtenir le silence. L'économie industrielle organise le recours croissant au marché ou au service public pour satisfaire à meilleur coût les besoins des consommateurs.

      Mais ce recours devient dépendance lorsque la dégradation de l'environnement, l'allongement de la durée des déplacements, l'obligation de s'équiper en produits qu'il faut entretenir, réparer, compléter, remplacer, etc., ne laissent d'autre choix que l'achat de nouvelles marchandises, l'appel à de nouveaux services. C'est la fin de l'autonomie.

            Or l'autonomie des personnes est la condition d'une société plus conviviale et démocratique. Elle s'oppose à un assujettissement excessif aux produits et aux services professionnels.

            La vitalité et .la grandeur d'un peuple sont liées à la capacité de chacun de ses membres à contribuer par soi-même à son bien-être et à sa destinée ainsi qu'aux tâches collectives.

      Il importe, dans l'industrie, l'urbanisme, les services publics, d'organiser les moyens de l'autonomie : recherche, formation, information, temps libre, temps du transport réduit, produits durables, capacités d'autoproduction, etc., et de garantir aux citoyens le pouvoir d'arbitrer à tout moment, dans les différents domaines de leur vie quotidienne, entre l'autonomie et la dépendance.

 

 8- PARTAGER L'EMPLOI

            Le plein emploi pour tous paraît de plus en plus inaccessible tant la productivité industrielle est élevée. Le nombre des personnes privées d'emploi demeure considérable malgré le redressement économique, surtout s'il est tenu compte des femmes, des jeunes et des personnes âgées qui ne sont pas en situation de demander un emploi. Il est donc urgent d'orienter les efforts non seulement sur la création d'emplois et l'indemnisation du chômage, mais aussi sur le partage de l'emploi, et la complémentarité, pour chaque personne, entre son emploi salarié et l'ensemble des activités auxquelles elle peut s'adonner de façon autonome.

 

 9 – FAVORISER L'ACTIVITE LIBRE

Le travail ne se réduit pas à l'emploi ou à l'exercice d'une profession. Il inclut les tâches domestiques, l'engagement assoiatif, ou politique, l'entraide, la création culturelle, l'apprentissage. Il se dilue dans les gestes quotidiens, qui forment la trame même de l'existence.

      Ces activités ne sont pas rémunérées bien qu'elles créent des richesses. Elles sont négligées dans les statistiques. Pire, elles sont parfois entravées. La grande ville est hostile aux enfants et aux personnes âgées, elle décourage les activités autonomes. Vouant les citadins à la consommation, elle n'est conçue que pour le marché et l'emploi. Pourtant, sans activités libres, il n'y a plus de société. Il faut donc les favoriser et les moderniser.

 10 – ACCROÎTRE LE REVENU EN NATURE

Le champ de la justice sociale ne se limite plus aux domaines des salaires, des conditions de travail, de la garantie de l'emploi, des protections sociales. Aux revenus monétaires de l'emploi et des transferts sociaux s'ajoutent des revenus non monétaires, des revenus en nature au sens large : la santé, la sérénité, le temps libre, les relations humaines, le sentiment d'appartenance à un groupe, l'accès aux informations, la proximité des services publics, le silence, la beauté des paysages... Il faut désormais prendre en compte ces nouvelles ressources non quantifiables qui constituent un pouvoir de vivre à côté du pouvoir d'achat et produisent de nouvelles inégalités: il y a désormais des riches et des pauvres en temps, en espace, en silence. Le fossé s'élargit entre ceux qui peuvent bénéficier de refuges pour retrouver santé et sérénité, et ceux qui ne peuvent échapper à un environnement hostile et à un stress permanent.

      Au reste, dans ce revenu en nature figurent aussi les produits des activités libres, gratuits comme le sont encore l'air et le soleil, comme l'était l'eau pure. Il y a un lien entre les dons de la nature, la présence de champignons dans les bois, ou de truites dans les rivières, et les dons de la famille, de l'amitié, ou du voisinage, bref le travail que l'on réalise de bon cœur, pour soi ou pour ceux qu'on aime.

 11 – BOUSCULER LA VIE POLITIQUE

       La gauche et la droite ont représenté à divers moments de notre histoire des clivages fondamentaux de notre société.

Nous vivons aujourd'hui l'atténuation des batailles qui opposaient le libéralisme au socialisme. Il subsiste une tension, une oscillation sur fond de problèmes non résolus. Mais, pour beaucoup d'êtres humains, l'entreprise n'a jamais été le lieu central de la société. Pour beaucoup de Français, elle ne l'est plus. Les exclus sont trop nombreux, l'emploi industriel est trop fugace, les conflits sont désormais plus nombreux dans la vie de tous les jours. La politique doit s'ancrer dans la vie quotidienne.

Depuis une vingtaine d'années, le mouvement écologiste, dans sa diversité, s'est imposé sur la scène sociale et politique. Les animateurs de ce mouvement multiforme tentent d'introduire la question de la nature et de la technique au cœur du débat politique.

      Mais l'écologisme recouvre des tempéraments divers, selon que l'on choisit de privilégier la démocratie ou d'imposer une société clé en main, selon que l'on pratique le dialogue constructif ou le refus systématique. Il y a aussi un écologisme de «la terre qui ne ment pas», du chacun chez soi, du retour en arriére. Et un écologisme d'avenir, d'inspiration humaniste, confiant dans les ressources de la démocratie. C'est cette dernière sensibilité que nous voulons affirmer.

      Réussir la synthèse d'une société conviviale, de l'efficacité économique, de la défense de la nature, de la culture planétaire, nous ne sommes pas seuls à affirmer cette volonté. Pourtant, la vie politique est en panne, comme figée. Entre la « classe politique » et les Français, le courant passe mal, les institutions ne sont pas connues, et les partis ont tendance à fermer le jeu.

      Il faut aérer, secouer, recomposer la vie politique. L'aérer en l'ouvrant à d'autres citoyens que les technocrates ou les notables, en retrouvant le sens du projet et des idées fortes.

      L'agiter, en menant campagne pour des causes, et non seulement pour des élections, sur le terrain, dans les quartiers, dans la vie de tous les jours, sans hypocrisie ni langue de bois.

      La recomposer en reconnaissant que des rapprochements nouveaux et des oppositions nouvelles se superposent aux clivages anciens. Entre le socialisme libéral et le libéralisme social, il n'y a guère de frontière nette, ni d'hostilité de principe à l'écologisme. Mais les extrémistes du socialisme s'opposent à ceux du libéralisme, négligeant les uns l'entreprise, les autres les inégalités.

      En revanche, entre le nationalisme cocardier et la perspective des Etats-Unis d'Europe, la distinction est nette. Entre le « productivisme » — l'idée que la société aurait pour seul projet d'accroître la production —, et l'écologisme, la divergence est profonde. Enfin, entre les stratégies technocratiques; même déguisées en intérêt national, et les exigences de la démocratie, une longue période de conflits est ouverte. Voilà les clivages nouveaux de la société politique.

 12 – GENERATION ECOLOGIE

A l'aube du troisième millénaire, le destin et la liberté de nos générations est d'inventer un nouveau monde: l'homme, la société, la nature réconciliés.

GENERATION ECOLOGIE n'est pas un parti. c'est la matrice d'un mouvement d'idées et d'actions ambitieuses, ouvert à toutes celles et tous ceux qui ont décidé, qui décideront, d'agir pour laisser notre Terre, la planète bleue, vivante, vivable. féconde et belle pour les générations à venir.

GENERATION ECOLOGIE est donc ouvert à toutes les générations. C'est un mouvement qui admet la double appartenance, laissant à ses membres la liberté s'ils le désirent d'adhérer à une autre formation. Il accueille les femmes et les hommes qui se reconnaissent dans cette approche et qui sont prêts à s'engager dans leur vie quotidienne, au sein des institutions et des associations, pour prendre le parti de la Terre et des hommes.

Agir, pas gémir                                             Brice LALONDE

 Agir pour instaurer une coopération mondiale destinée à rétablir d'urgence les équilibres écologiques et initier un développement pacifique réconciliant le Nord et le Sud.

LA PLANETE NE SE PARTAGE PAS. ELLE SE GERE

 Agir pour inciter la science et la technologie à démocratiser leurs choix et à retrouver une éthique fondée sur l'épanouissement de l'homme.

LE PROGRES NE SE SUBIT PAS IL SE CHOISIT

 Agir pour recentrer la politique sur les réalités quotidiennes et réanime la société en partageant l'emploi et en accroissant les moyens de l'autonomie de chacun.

LA DÉMOCRATIE NE SE BRADE PAS, ELLE SE VIT

Publié dans Médias

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